La IVè république fut abattue par un Catholique contrerévolutionnaire le 13 mai 1958

IMG3C’est en lisant l’ouvrage de Robert Martel : “ La contre-révolution en Algérie ” (Diffusion de la pensée française, 1972), que notre Père comprit à quel point le 13 mai 1958 [anniversaire des apparitions de la Sainte Vierge à Fatima] fut « quelque chose de providentiel, aussi humain que divin ».
Né à Alger en 1921, Robert Martel était viticulteur dans la plaine de la Mitidja. Père de trois enfants, il avait sur toutes choses des idées simples, claires, dont les événements révélèrent la grande justesse. Avec cela, meneur d’hommes, sauf au dernier moment du combat, où il préférait se retirer plutôt que s’imposer.
Absolument allergique au racisme, il aimait les musulmans, ce petit monde d’ouvriers agricoles qu’il côtoyait chaque jour dans son village de Chebli ou qui travaillaient avec lui sur ses terres. Farouche partisan de cette « communauté historique », il fera tout pour la sauver. Un réflexe quasi inné lui permettait de repérer toute provocation raciste. Un jour, il apprit qu’un de ses hommes voulait déposer une charge de plastic chez un épicier indigène convaincu d’aider le FLN. Il saisit l’homme et l’entraîna devant un crucifix : « Il ne t’a pas demandé de faire ça », lui dit-il.
Son grand amour, depuis son passage dans les Compagnies sahariennes pendant la guerre, c’était le Père de Foucauld.
Sans aucun parti pris de classe, il avait des idées sociales hardies, comme le développement des écoles rurales destinées à qualifier une main-d’œuvre arabe prolifique. Il parlait même de “ réforme agraire ”. On ne trouvait chez lui aucune ambition, aucune tentation d’électoralisme. L’angoisse de la patrie, la petite comme la grande, seule l’habitait.
Le jour de la chute de Dien-Bien-Phu, il pleura, en pensant que ce serait bientôt au tour de l’Algérie d’être aux prises avec la subversion communiste. Aussi la Toussaint sanglante de 1954 le trouva-t-elle résolu : « Voilà des mois que je le crie sur tous les toits, mais personne ne veut m’écouter. C’est la guerre d’Indochine qui recommence, vous entendez, toute l’Afrique va y passer. La France n’a jamais respecté l’effort des siens aux colonies. La République a tout gâché… Mais s’il le faut, j’y laisserai ma peau, il ne sera pas dit que je n’aurai rien fait pour essayer de sauver ma province. »
Pour lui, le mal, c’est la Révolution française, les institutions démocratiques qu’elle a engendrées, et la trompeuse devise Liberté-Égalité-Fraternité qui couvre d’un manteau de chimères un monceau d’injustices et de haines. On l’appelait « le chouan de la Mitidja ».
Avec ses voisins colons, Martel commença par créer dans son village de Chebli la première milice communale d’Algérie. Puis, avec quelques amis sûrs, il lança le 25 août 1955 l’Union française nord-africaine (U.F.N.A.). Il s’agissait d’avertir ses compatriotes du danger qui les menaçait, et dont peu à l’époque avaient pris la mesure. Mission ingrate s’il en fut.
Ne récoltant que des rebuffades, il se tourna vers le P. de Foucauld, avec des mots tout simples : « Il n’est pas possible que vous ayez fait tout cela pour rien. Puisque Dieu existe, prouvez-le-nous, sauvez l’Algérie. Je me mets à votre disposition, je m’incline devant vos ordres, mais donnez-moi les moyens de combattre. Désormais je vous promets de vous invoquer tous les soirs, tant qu’il y aura un souffle de vie en moi. D’avance, j’accepte tout. »
Les bonnes volontés commencèrent à affluer, ainsi que les fonds. Le mouvement prit de l’ampleur et fut bientôt en mesure de quadriller toute la province. Ce quadrillage n’était pas une conception plaquée sur la réalité à la façon des marxistes : « Il était fondé, écrit Martel, sur des chaînes d’amitié, sur des réseaux naturels, vivants, souvent groupés en corps de professions, et n’avait d’autre but que d’empêcher la subversion de s’établir dans les villes et les campagnes, d’éviter les attentats aveugles ou les ratonnades, de cimenter l’alliance séculaire des deux communautés française et musulmane. »
Il se formait à cette époque toutes sortes de vains projets, dispersant inutilement les bonnes volontés. Mais Martel menait droit sa barque. Il y eut aussi des mouvements rivaux, faussement réactionnaires, qui recevaient l’argent des gros colons ou du gouvernement. L’UFNA était, elle, absolument pure de toute compromission. Ce qui lui permit de réussir des coups fumants : le 6 février 1956, les tomates lancées à la figure de Guy Mollet pour empêcher la nomination de Catroux comme gouverneur général, c’était Martel !
Et quand les C.R.S. répondirent aux tomates par des gaz lacrymogènes, Robert se retrouva au premier rang, pour prendre les coups… Il n’avait qu’un mot à dire : sept cents de ses amis étaient regroupés non loin du Forum, avec des armes, et prêts à s’en servir ! Les tomates ayant produit leur effet sur Mollet, qui annula la nomination de Catroux, Martel donna l’ordre de dispersion à ses troupes. L’épreuve de force n’était pas encore venue.
Lacoste fut désigné pour succéder à Soustelle, et continua la même politique ; Martel se méfiait de ces politiciens de gauche, qui restent socialistes et francs-maçons sous des dehors réactionnaires. Aussi enrageait-il en voyant les Algérois acclamer tous ceux qui, comme Soustelle, se servaient de l’Algérie française comme d’un tremplin électoral.
Après la dissolution de l’U.F.N.A. par Lacoste, Robert Martel créa le Centre de Renaissance française (C.R.F.) qu’il organisa et dirigea de main de maître. S’il refusait toute compromission avec les politiciens, il se gardait aussi des activistes, qui voulaient faire payer aux musulmans tous les actes de terrorisme du FLN. « Vous faites le jeu de l’adversaire, leur disait-il. En réalité, la légitime défense doit se concrétiser contre l’État qui ne nous défend plus. C’est contre lui qu’il faut se défendre et s’insurger. Mais encore faut-il en avoir les moyens. » Il avait compris qu’il fallait « frapper à la tête », c’est-à-dire renverser la République.
Mais il voyait se profiler à l’horizon politique le retour du général de Gaulle. « Personne n’est gaulliste en Algérie. Vois-tu, Jean, disait-il à son ami Crespin, si l’Armée crie et fait crier “ Vive de Gaulle !  ”nous sommes foutus. » Depuis trois ans, il cherchait à susciter un élan populaire contre-révolutionnaire, pour la défense de l’Algérie française, et voyait très bien comment le Régime se défendait. Cette fois, la manœuvre était de taille… Saurait-il la déjouer ?
Fr. Georges de Jésus – Paris, le 13 juin 1978 – Source
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