Comprendre le dogme de l’infaillibilité du Pape

PieIXVatican1Il y a décision infaillible du Pape, quand le Pape promulgue pour l’Eglise universelle, en tant que chef et docteur suprême des fidèles, une vérité concernant la foi ou les mœurs. Ces décisions s’appellent doctrinales ou ex cathedra.
Le concile du Vatican (1870) a défini comme dogme l’infaillibilité des décisions doctrinales (ex cathedra) du pape. Cette infaillibilité se déduit des paroles de Jésus-Christ à Saint-Pierre : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. » (S. Matth. XVI, 18).
Si celui qui est le fondement de l’Eglise pouvait l’entraîner dans l’erreur, il ne serait pas un roc, mais un banc de sable où s’enfoncerait l’édifice. S. Pierre est en outre constitué pasteur des apôtres et des fidèles par ces paroles du Christ : « Pais mes agneaux, pais mes brebis. » (S. Jean XXI, 15) et le Christ lui a donné la force de confirmer ses frères dans la foi. (S. Luc. XXII, 32).
Si le pape pouvait enseigner l’erreur, la parole du Christ serait vaine, ce qui est impossible. — Les décisions doctrinales du pape ont de tout temps joui d’une haute autorité. Quand le S. Siège eut condamné l’erreur des Pélagiens, S. Augustin s’écria : « Rome a parlé, la cause est finie. »
Les hérétiques, dit S. Cyprien, n’ont pas accès dans l’Eglise romaine.
Les conciles généraux eux-mêmes appellent le pontife romain le Père et le Docteur de tous les chrétiens (Conc. de Florence. 1439) et l’Eglise romaine, la mère et la maîtresse [Mater et Magistra] de tous les fidèles (IV. Conc. de Latran. 1215).
Evidemment le concile entendait par là l’Eglise (romaine) enseignante, car l’Eglise enseignée n’a jamais passé comme autorité doctrinale. L’infaillibilité revient du reste au pape par ce seul fait qu’il a la plénitude du pouvoir de régir toute l’Eglise (Conc. Flor.), car l’autorité doctrinale suprême fait nécessairement partie de cette plénitude du pouvoir gouvernemental.
Or, l’autorité doctrinale suprême est protégée de droit divin par l’assistance suprême du S. Esprit, c’est-à-dire que l’autorité doctrinale suprême est infaillible. C’est pourquoi les décisions ex cathedra du pape sont infaillibles par elles-mêmes, indépendamment de l’assentiment des évêques (Conc. Vatic. 4, 4), sinon le rocher, le successeur de Pierre, tirerait sa force de l’édifice qui repose sur lui, tandis que l’édifice tient sa solidité du roc sur lequel il repose.
Toutefois l’on ne peut pas dire que le pape est infaillible en tout ; car il est homme et peut se tromper comme nous dans les choses humaines, en lisant, en écrivant, en calculant, etc. ; il peut aussi pécher, comme tout homme, et nous ne contestons pas qu’il y ait eu des papes vicieux. Mais quand il donne une décision doctrinale, c’est le Christ qui agit sur lui par le S. Esprit et le préserve de l’erreur.
Du reste le pape ne rend jamais un décret doctrinal, sans avoir d’abord consulté l’épiscopat — il n’y a pas décision ex cathedra, p. ex., dans les allocutions du pape à des pèlerins, dans ses lettres à un souverain, dans la suppression des Jésuites en 1773.
Les enseignements ex cathedra sont ordinairement sanctionnés par la menace de l’excommunication contre ceux qui refusent de les admettre ; ils sont donc obligatoires pour tous les catholiques.
L’infaillibilité du pape, ex cathedra, ne rend pas les conciles généraux superflus. Les décisions infaillibles des conciles ont un plus grand poids par leur solennité, et les délibérations des conciles permettent d’aller bien au fond des motifs de la doctrine ecclésiastique. Ces assemblées en certaines circonstances sont donc très utiles, même nécessaires : les apôtres jugèrent bon d’en tenir une à Jérusalem, quoique chacun jouît du don de l’infaillibilité.
Les matières où les décisions de l’Eglise sont infaillibles sont: les articles de foi, les lois morales et leur sens ; l’Ecriture-Sainte, la Tradition et leur interprétation. Quand donc l’Eglise définit l’éternité des peines de l’enfer, cette décision est infaillible, car il s’agit d’une matière de foi. Quand elle dit que la sanctification du jour dominical est ordonnée par Dieu, elle nous promulgue la volonté de Dieu infailliblement, car sa décision porte sur un point de la morale. En effet le Christ a promis à ses apôtres que l’Esprit de vérité leur enseignerait toute vérité (S. Jean XIII, 13) c.-à-d. au moins toute vérité en rapport avec la religion.
Or, les paroles de Jésus-Christ prouvent que la religion comprend les vérités de foi et la loi morale, car il dit à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations… et apprenez-leur à pratiquer tout ce que je vous ai ordonné » (S. Matth. XXVIII, 20) et c’est cet ordre même qui leur conféra l’infaillibilité. Comme l’Eglise puise les vérités religieuses dans l’Ecriture-Sainte et la Tradition, elle est nécessairement infaillible dans leur interprétation.
On pourra déduire de ce qui précède l’absurdité de l’allégation de certains journaux anti-cléricaux, que l’Eglise pourrait définir comme dogme la proposition : « le pape doit être souverain temporel. »
Thomas2D’après la croyance commune, l’Eglise est aussi infaillible dans la condamnation des erreurs et dans la canonisation des saints.
D’après la croyance commune, l’Eglise est infaillible quand elle définit qu’une doctrine est contraire à la vérité révélée. Si donc l’Eglise condamne l’opinion darwiniste, que l’homme descend du singe, elle définit une chose qui est en connexion intime avec les vérités révélées et elle reste sur le domaine où elle est infaillible.
En effet si par l’assistance divine l’Eglise connaît la vérité, elle doit aussi connaître l’erreur. Aussi a-t-elle de temps immémorial condamné les erreurs, qu’elles fussent répandues oralement ou par écrit : les pères du concile de Nicée (325), p. ex condamnèrent les erreurs d’Arius. C’est ainsi que les papes condamnent des livres contraires à la foi et aux mœurs. Or l’Eglise ne rendrait pas ces décisions, si elle n’avait la conscience de son infaillibilité sur ce terrain.
L’infaillibilité dans la canonisation des saints n’est pas moins fondée, non seulement à cause du procès long et sérieux qui précède chaque canonisation, mais aussi parce que le culte des saints est un acte de religion. (S. Thom. Aq.) Par la canonisation, la vénération d’un saint est pour ainsi dire recommandée par l’Eglise comme une profession de foi, car le saint est officiellement honoré dans les prières de la messe et du bréviaire.
Si donc un défunt était canonisé qui ne fût pas saint, l’Eglise entière participerait à une erreur. Cela est d’autant moins possible que Benoît XIV affirme avoir dans le cours de longs procès de canonisation presque touché du doigt l’intervention du S. Esprit : des témoignages extraordinaires se produisaient tout à coup qui ou bien résolvaient les difficultés ou bien faisaient renoncer au procès. Et de fait l’Eglise dans la canonisation des saints juge une des matières qui sont en connexion intime avec les vérités révélées de la foi et des mœurs ; Dieu a en effet révélé ce qui constitue la sainteté.
Cependant cette infaillibilité n’est pas encore un dogme, car la sainteté d’un saint en particulier n’est pas révélée ; il faut attendre là-dessus une définition de l’Eglise (Ben. XIV).
Voir le cas de la fausse canonisation de Jean-Paul II.
Catéchisme catholique populaire – François Spirago (1903)
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