Dénoncer le Mal ne suffit pas

ContemplationLorsqu’il est question de philosopher, on répond que l’homme d’aujourd’hui n’a pas le temps de penser, qu’on a déjà beaucoup trop pensé, qu’il est urgent d’agir, que la doctrine de la pensée de droite est achevée, parfaitement close et archiconnue.
La vraie droite souffre d’un inachèvement doctrinal
Si c’était vrai, il y aurait une seule pensée de droite, et les inévitables variantes rencontrées suivant le milieu dans lequel elle se développe ne remettraient nullement en cause l’essentiel. Or, force est de constater qu’il n’en est rien : il n’y a pas une pensée de droite, il y en a beaucoup. Il y en a même tellement qu’il est difficile de ne pas discerner, en cette efflorescence, la marque d’un inachèvement doctrinal.
L’ennui est que nul ne semble disposé, parmi ceux dont le « métier » est de penser, à en reconnaître les méfaits autant que l’évidence. Chacun s’accroche à sa chapelle, à ses haines recuites, à ses problématiques dépassées, à ses souvenirs, au fond à ses passions.
Dénoncer ne suffit pas
Ce travers intellectuel, que l’on peut à bon droit nommer « anti-intellectualisme », a une conséquence funeste : pour une importante partie des membres de la vraie droite, la pensée abstraite ne vaut au fond pas grand-chose, les idées ne pèsent pas lourd, le discours théorique n’est jamais que du discours, c’est-à-dire du vent. Dès lors, le combat se borne à dénoncer des maux à l’aide de slogans : « A bas les Juifs, fermons les loges, dehors les étrangers, vive la race blanche, cassons du nègre, supprimons les impôts, il faut égorger les profiteurs ; œuvrons pour le rétablissement de la peine de mort, pour l’incarcération des escrocs, pour l’instauration d’une dictature, etc. ».
Dans une certaine mesure, ces slogans simplistes ne sont pas sans sagesse élémentaire, parce qu’il est bien vrai que la France, comme au reste tous les pays d’Europe, se meurt de l’immigration, d’une fiscalité démesurée, des pesanteurs communistes résiduelles qui paralysent le monde de l’administration et du travail, de la fainéantise des Français qui ne veulent plus que jouir, de l’affaiblissement dramatique de la conscience morale, de l’égalitarisme, de l’hédonisme en général qui favorise l’individualisme, les vices, la dénatalité ; que le monde est gouverné par les Juifs, les puissances d’argent qui manipulent l’opinion, déclarent les guerres, pourrissent la jeunesse, démantèlent l’appareil industriel des nations, imposent des lois iniques qui tantôt violentent l’ordre naturel, tantôt ne profitent qu’aux plus riches, etc.
Mais suffit-il de se persuader de telles évidences (que tout le monde connaît au fond de lui-même), pour se croire en règle avec le devoir de développer une doctrine ? Se dispenser d’une formation doctrinale, n’est-ce pas cultiver ce travers hédoniste qu’on reproche à ses ennemis ?
La dénonciation des maux, en vérité, ne suffit pas. Edicter des interdits moraux, par exemple, qui ont pour vocation de détourner les âmes fortes des faux biens, n’a de sens et d’efficace que si l’on suscite dans ces âmes l’appétit du vrai bien ; or, pour rendre ce vrai bien désirable, il faut commencer par le dévoiler (on n’aime que ce qu’on connaît). Si j’interdis à un enfant de regarder la télévision sans lui proposer des jeux ou des livres qui lui plairont, je souffle dans un violon. Interdire le Mal sans rien proposer de solide en échange est inutile.
C’est précisément là que réside le problème : dans les cénacles de vraie droite, on se contente de dénoncer les maux, considérant que le balayage de la pourriture suffira à faire naître le dévoilement de ce qui est à faire. Mais c’est le contraire qui est vrai. La négation qui n’est pas inspirée par l’affirmation est stérile. Un ensemble d’idées vraies dont le contenu se limite à nier les effets des idées fausses mène en dernier ressort en une négation des vraies idées, ainsi se résout en slogans aigres, en humeurs revanchardes, en mouvements d’agressivité sénile.
Telle est la raison pour laquelle l’homme de droite ne peut se dispenser d’une formation doctrinale afin de proposer du solide voué à se substituer aux erreurs qu’il dénonce.
Mouvement de Combat Saint-Michel – Source
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