Ancien Testament : comment le catholique nationaliste Judas Maccabée se révolta contre l’Empire romain

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Premier livre des Maccabées (Ancien Testament) – Chapitre 1 à 4 – Traduction Chanoine Crampon

Chapitre 1

Lorsqu’Alexandre, fils de Philippe, Macédonien, sorti du pays de Céthim, eut battu Darius, roi des Perses et des Mèdes, et fut devenu roi à sa place, après avoir régné d’abord sur la Grèce, il fit de nombreuses guerres, prit beaucoup de forteresses et mit à mort des rois de la terre. Il poussa jusqu’aux extrémités de la terre, et s’empara des dépouilles d’une multitude de nations, et la terre se tut devant lui.

Son cœur s’éleva et s’enfla d’orgueil ; il rassembla une armée très forte et soumit des contrées, des nations et des souverains, et ils devinrent ses tributaires. Après cela, il tomba sur son lit et connut qu’il allait mourir. Il appela auprès de lui ses officiers d’un rang supérieur, les compagnons de sa jeunesse, et il partagea entre eux son empire pendant qu’il vivait encore.

Alexandre régna douze ans, et il mourut. Ses officiers prirent possession du pouvoir, chacun dans son lieu. Tous ceignirent le diadème après sa mort, et leurs fils après eux, durant de longues années, et ils multiplièrent les maux sur la terre.

De ces rois sortit une racine d’iniquité, Antiochus Épiphane, fils du roi Antiochus, qui avait été à Rome comme otage ; et il devint roi en la 137è année du royaume des Grecs. En ces jours-là, il sortit d’Israël des enfants infidèles qui en entraînaient beaucoup d’autres en disant : « Allons et unissons-nous aux nations qui sont autour de nous ; car, depuis que nous nous tenons séparés d’elles, il nous est arrivé beaucoup de malheurs. » Et ce discours parut bon à leurs yeux.

Quelques-uns du peuple s’empressèrent d’aller trouver le roi, et il leur donna l’autorisation de suivre les coutumes des nations. Ils construisirent donc à Jérusalem un gymnase, selon les usages des nations. Ils firent disparaître les marques de leur circoncision et ainsi, se séparant de l’alliance sainte, ils s’associèrent aux nations et se vendirent pour faire le péché.

Quand son pouvoir lui parut bien affermi, Antiochus songea à régner sur l’Egypte, afin d’être souverain des deux royaumes. Il entra en Egypte avec une puissante armée, avec des chars, des éléphants et des cavaliers, et un grand nombre de vaisseaux. Il attaqua Ptolémée, roi d’Egypte ; mais Ptolémée eut peur devant lui et prit la fuite, et une multitude d’hommes tombèrent frappés à mort. Les Syriens prirent les villes fortes du pays d’Egypte, et Antiochus enleva les dépouilles de toute l’Egypte.

Après avoir battu l’Egypte l’an 143, Antiochus revint sur ses pas et marcha contre Israël. Etant monté à Jérusalem avec une armée puissante, il entra avec une audace insolente dans le sanctuaire et en enleva l’autel d’or, le chandelier de la lumière avec tous ses ustensiles, la table des pains de proposition, les coupes, tasses et écuelles d’or, le rideau, les couronnes et les ornements d’or sur la façade du temple, et il détacha partout le placage. Il prit aussi l’or et l’argent et les vases précieux, ainsi que les trésors cachés qu’il put trouver. Emportant le tout, il entra dans son pays, après avoir massacré beaucoup de gens et proféré des paroles insolentes.

Il y eut un grand deuil parmi les Israélites, dans tous les lieux où ils résidaient. Les chefs et les anciens poussèrent des gémissements ; les jeunes filles et les jeunes gens perdirent leur vigueur et la beauté des femmes s’altéra. Le nouvel époux fit entendre des lamentations ; assise dans la chambre nuptiale, la jeune épouse versa des larmes. La terre trembla pour ses habitants, et toute la famille de Jacob était couverte de confusion.

Deux ans après, le roi envoya dans les villes de Juda un commissaire des contributions. Celui-ci arriva à Jérusalem avec beaucoup de troupes, et il adressa par ruse des paroles amicales aux habitants, qui l’accueillirent sans défiance ; puis, tout à coup, il se jeta sur la ville, la frappa d’une grande plaie et tua beaucoup d’Israélites. Il pilla la ville, y mit le feu, abattit les maisons et démolit les murs d’enceinte. Il emmena en captivité les femmes et les enfants, et s’empara du bétail.

Ensuite les Syriens entourèrent la cité de David d’une grande et forte muraille, avec de puissantes tours : ce fut leur citadelle. Ils y mirent une race perverse, des gens sans foi ni loi, et s’y fortifièrent. Ils y entassèrent des armes et des provisions, et, rassemblant les dépouilles de Jérusalem, ils les y déposèrent ; ils devinrent ainsi un grand danger pour la ville. Cette citadelle fut comme une embûche dressée contre le sanctuaire, et un adversaire redoutable pour Israël pendant tout ce temps, Ils répandirent aussi le sang innocent autour du temple, et souillèrent le sanctuaire.

A cause d’eux, les habitants s’enfuirent de Jérusalem, qui devint un séjour d’étrangers. La ville devint étrangère à ceux qui y étaient nés, ses propres enfants l’avaient abandonnée. Son sanctuaire resta désolé comme un désert, ses fêtes se changèrent en jours de deuil, ses sabbats en opprobre, et ce qui avait été son honneur devint une cause d’outrage. A l’égal de sa gloire s’est multipliée son humiliation, et sa grandeur s’est changée en deuil.

Le roi Antiochus publia un édit dans tout son royaume, pour que tous ne fissent plus qu’un seul peuple et que chacun abandonnât sa loi particulière. Toutes les nations se conformèrent à l’ordre du roi. Beaucoup d’Israélites consentirent aussi à suivre son culte ; ils sacrifièrent aux idoles et profanèrent le sabbat. Le roi envoya des lettres par des messagers à Jérusalem et aux autres villes de Juda, leur ordonnant de suivre les coutumes des étrangers au pays, de faire cesser dans le temple les holocaustes, les sacrifices et les libations, de profaner les sabbats et les fêtes, de souiller le sanctuaire et les saints, de construire des autels, des bois sacrés et des temples d’idoles, et d’offrir en sacrifice des pourceaux et d’autres animaux impurs, de laisser leurs enfants mâles incirconcis, de se souiller eux-mêmes par toutes sortes d’impuretés et de profanations, de manière à leur faire oublier la loi et à en changer toutes les prescriptions. Et quiconque n’obéirait pas aux ordres du roi Antiochus serait puni de mort.

Telles sont les lettres qu’il publia dans tout son royaume, et il établit des surveillants sur tout le peuple ; il commanda aussi aux villes de Juda d’offrir des sacrifices dans chaque ville. Beaucoup de Juifs, tous ceux qui abandonnaient la loi, se rallièrent aux Syriens ; ils pratiquèrent le mal dans le pays, et réduisirent les Israélites fidèles à se réfugier dans des cachettes, dans toutes sortes de retraites.

Le quinzième jour du mois de Casleu, l’an 145, ils construisirent l’abomination de la désolation sur l’autel des holocaustes. Ils construisirent aussi des autels dans les villes de Juda à l’entour. Ils brûlaient de l’encens aux portes des maisons et sur les places. S’ils trouvaient quelque part les livres de la loi, ils les brûlaient après les avoir déchirés. Celui chez qui un livre de l’alliance était trouvé, et quiconque montrait de l’attachement à la loi, était mis à mort en vertu de l’édit du roi. C’est avec cette violence qu’ils traitaient Israël, exécutant dans les villes, un jour de chaque mois, ceux qui étaient surpris en contravention.

Le 25 du mois, ils offraient un sacrifice sur l’autel qui avait été construit sur l’autel des holocaustes. On mettait aussi à mort, selon l’édit, les femmes qui avaient fait circoncire leurs enfants, en suspendant les enfants à leur cou ; on pillait leurs maisons et l’on tuait ceux qui avaient pratiqué l’opération.

Cependant beaucoup d’Israélites résistèrent courageusement et prirent la ferme résolution de ne rien manger d’impur. Ils préférèrent mourir plutôt que de se souiller par la nourriture, et de profaner la sainte alliance ; et ils moururent. C’était un très grand courroux qui se déchargeait sur Israël.

Chapitre 2

En ces jours-là parut Mathathias, fils de Jean, fils de Siméon, prêtre d’entre les fils de Joarib de Jérusalem, qui habitait Modin. Il avait cinq fils : Jean, surnommé Gaddis ; Simon, appelé Thasi ; Judas, surnommé Machabée ; Eléazar, surnommé Abaron, et Jonathas, surnommé Apphus.

Voyant les outrages qui se commettaient en Juda et en Jérusalem, Mathathias dit : « Hélas ! pourquoi suis-je né pour voir la ruine de mon peuple et la ruine de la ville sainte, et rester là oisif pendant qu’elle est livrée aux mains des ennemis, et que son sanctuaire est au pouvoir des étrangers ? Son temple est devenu comme la demeure d’un homme infâme ; les objets précieux qui faisaient sa gloire, on les a emportés comme un butin ; ses petits enfants ont été massacrés dans ses rues ; l’épée de l’ennemi a abattu ses jeunes hommes. Quel peuple n’a pas hérité de son royaume, et n’a pas eu sa part de ses dépouilles ? On lui a enlevé toute sa parure ; de libre, elle est devenue esclave. Tout ce que nous avions de saint, de beau et de glorieux est ravagé, profané par les nations. Pourquoi donc vivrions-nous encore ? »

Alors Mathathias et ses fils déchirèrent leurs vêtements, se couvrirent de sacs et menèrent grand deuil. Les officiers du roi chargés de contraindre à l’apostasie vinrent à Modin pour organiser des sacrifices. Un grand nombre d’Israélites se joignirent à eux ; Mathathias et ses fils se réunirent aussi de leur côté. Les envoyés d’Antiochus, s’adressant à Mathathias, lui dirent : « Tu es le premier dans cette ville, le plus grand par la considération et l’influence, et entouré de fils et de frères. Approche donc le premier et exécute le commandement du roi, comme ont fait toutes les nations, les hommes de Juda et ceux qui sont restés dans Jérusalem, et tu seras, toi et les tiens, parmi les amis du roi ; toi et tes fils, vous aurez des ornements d’or et d’argent et des présents nombreux. »

Mathathias répondit et dit à haute voix : « Quand toutes les nations qui font partie du royaume d’Antiochus lui obéiraient, chacune abandonnant le culte de ses pères, et se soumettraient volontiers à ses ordres, moi, mes fils et mes frères, nous suivrons l’alliance de nos pères. Que Dieu nous garde d’abandonner la loi et ses préceptes ! Nous n’obéirons pas aux ordres du roi pour nous écarter de notre culte, soit à droite soit à gauche. »

Dès qu’il eut achevé ce discours, un Juif s’avança aux yeux de tous pour sacrifier, selon l’ordre du roi, sur l’autel élevé à Modin. A cette vue, Mathathias fut indigné et ses reins s’émurent ; il laissa monter sa colère selon la loi et, se précipitant, il tua cet homme sur l’autel. Il tua en même temps l’officier du roi qui forçait à sacrifier, et renversa l’autel. C’est ainsi qu’il fut transporté de zèle pour la loi, à l’exemple de Phinées, qui tua Zambri, fils de Salum.

Alors Mathathias parcourut la ville en criant à haute voix : « Quiconque a le zèle de la loi et maintient l’alliance, qu’il sorte de la ville et me suive ! » Et il s’enfuit, lui et ses fils, dans la montagne, abandonnant tout ce qu’ils possédaient dans la ville. Un grand nombre de Juifs qui cherchaient la justice et la loi, descendirent alors dans le désert, pour y demeurer, eux, leurs enfants et leurs femmes, ainsi que leurs bestiaux, parce que les maux qui les accablaient étaient à leur comble.

On annonça aux officiers du roi et aux troupes qui étaient à Jérusalem, dans la cité de David, que des hommes qui avaient transgressé l’ordre du roi étaient descendus au désert, dans des retraites cachées. Aussitôt un grand nombre de soldats se mirent à leur poursuite. Lorsqu’ils les eurent atteints, ils campèrent vis-à-vis d’eux et se disposèrent à les attaquer le jour du sabbat. Ils leur dirent : « C’est assez d’avoir résisté jusqu’ici. Sortez et exécutez l’ordre du roi, et vous vivrez ! »

Les Juifs répondirent :  » Nous ne sortirons point et nous n’obéirons point à l’ordre du roi ; ce serait violer le jour du sabbat.  » Aussitôt les Syriens engagèrent contre eux le combat. Ils ne leur répondirent pas, ne leur jetèrent pas une seule pierre et ne bouchèrent pas leur retraite. « Mourons tous, disaient-ils, dans la simplicité de notre cœur ! Le ciel et la terre sont témoins pour nous que vous nous faites mourir injustement. »

Les soldats les ayant donc attaqués le jour du sabbat, ils moururent, eux, leurs femmes et leurs enfants, ainsi que leurs troupeaux ; ils étaient environ mille hommes. Mathathias et ses amis apprirent ce massacre, et ils en éprouvèrent une très grande douleur. Et ils se dirent entre eux : « Si nous faisons tous comme ont fait nos frères, et que nous ne combattions pas contre les nations pour nos vies et pour nos institutions, ils nous auront bientôt exterminés de la terre. »

Ils prirent donc en ce jour-là cette résolution : « Qui que ce soit qui vienne en guerre contre nous le jour du sabbat, combattons contre lui, et ne nous laissons pas tuer comme ont fait nos frères dans leurs retraites. » Alors se joignit à eux une troupe d’Assidéens, formée d’hommes vaillants d’Israël, de tous ceux dont le cœur était attaché à la loi.

Tous ceux qui cherchaient à échapper aux maux présents vinrent aussi à eux et accrurent leur force. Ayant ainsi formé une armée, ils frappèrent d’abord les prévaricateurs dans leur colère et les impies dans leur indignation ; le reste chercha le salut dans la fuite auprès des nations. Mathathias parcourut le pays avec ses fils ; ils détruisirent les autels, circoncirent par force tous les enfants incirconcis qu’ils trouvèrent dans la terre d’Israël, et poursuivirent ceux qu’enflait l’orgueil.

L’entreprise réussit sous leur conduite ; ils soutinrent la cause de la loi contre la puissance des païens et contre la puissance des rois, et ils ne courbèrent pas le front devant le pécheur. Lorsque les jours de Mathathias touchèrent à leur fin, il dit à ses fils :  » Maintenant règne l’orgueil et sévit le châtiment ; c’est un temps de ruine et d’ardente colère. Maintenant donc, ô mes fils, déployez votre zèle pour la loi et donnez vos vies pour l’alliance de nos pères.

Souvenez-vous des œuvres que nos pères ont accomplies de leur temps, et vous recevrez une gloire et un nom immortel. Abraham n’a-t-il pas été trouvé fidèle dans l’épreuve, et sa foi ne lui a-t-elle pas été imputée à justice ? Joseph, dans le temps de son affliction, a gardé les commandements, et il est devenu seigneur de l’Egypte. Phinées, notre père, parce qu’il brûla de zèle pour la cause de Dieu, reçut l’assurance d’un sacerdoce saint. Jésus, pour avoir accompli la parole, est devenu juge en Israël. Caleb, pour avoir rendu témoignage dans l’assemblée, reçut une portion du pays. David, par sa piété, obtint un trône royal pour tous les siècles. Elie, parce qu’il brûla de zèle pour la loi, a été enlevé au ciel. Ananias, Azarias et Misaël, ayant eu confiance, ont été sauvés des flammes. Daniel, par son innocence, fut délivré de la gueule des lions. Ainsi considérez, dans tous les âges, que tous ceux qui espèrent en Lui ne succombent point.

Ne craignez point les menaces d’un homme pécheur, car sa gloire va à la corruption et aux vers. Il s’élève aujourd’hui, et demain on ne le trouvera plus, parce qu’il sera retourné dans sa poussière et que ses pensées se seront évanouies. Vous donc, mes fils, soyez forts et vaillants à défendre la loi, car par elle vous serez glorifiés. Voici Simon, votre frère ; je sais qu’il est homme de conseil, écoutez-le toujours, il sera pour vous un père. Que Judas Machabée, vaillant héros depuis sa jeunesse, soit le chef de votre armée et dirige la guerre contre les peuples. Vous vous adjoindrez tous les observateurs de la loi et vous vengerez votre peuple. Rendez aux nations ce qu’elles ont fait à Israël, et observez les commandements de la loi.  »

Et après qu’il les eut bénis, il fut réuni à ses pères. Il mourut l’an 146 ; ses fils l’ensevelirent dans le tombeau de leurs pères à Modin, et Israël le pleura dans un grand deuil.

Chapitre 3

Judas, son fils, surnommé Machabée, se leva après lui. Il avait pour auxiliaires tous ses frères et tous ceux qui s’étaient joints à son père, et ensemble ils combattirent joyeusement les combats d’Israël. Il étendit au loin la gloire de son peuple ; il revêtit la cuirasse comme un héros, il ceignit ses armes de guerre et engagea des batailles, protégeant de son épée le camp d’Israël. Il était dans l’action pareil au lion, comme le lionceau qui rugit sur sa proie. Il poursuivit les impies, fouillant leurs retraites, et livra aux flammes ceux qui troublaient son peuple. Les impies reculèrent effrayés devant lui, tous les ouvriers d’iniquité furent dans l’épouvante, et sa main conduisit heureusement la délivrance de son peuple.

Par ses exploits il causa de l’amertume à plusieurs rois, et de la joie à Jacob, et sa mémoire est à jamais bénie. Il parcourut les villes de Juda et en extermina les impies, et il détourna d’Israël la colère. Son nom devint célèbre jusqu’aux extrémités de la terre, et il recueillit ceux qui allaient périr. Apollonius rassembla des troupes païennes, une grande armée tirée de la Samarie, pour combattre Israël. Dès que Judas en fut informé, il marcha contre lui, le défit et le tua ; un grand nombre d’ennemis périrent, et le reste s’enfuit.

Les Juifs s’emparèrent de leurs dépouilles, et Judas prit l’épée d’Apollonius, et il s’en servit toujours depuis dans les combats. Séron, chef de l’armée des Syriens, ayant appris que Judas avait rassemblé beaucoup de monde, une troupe de Juifs fidèles marchant avec lui aux combats, il dit :  » Je me ferai un nom et j’aurai de la gloire dans le royaume ; je combattrai Judas et ceux qui sont avec lui, qui méprisent les ordres du roi.  »

Il fit donc une seconde expédition ; avec lui monta une puissante armée d’impies, pour l’aider et tirer vengeance des enfants d’Israël. Lorsqu’ils furent proches de la montée de Béthoron, Judas marcha à leur rencontre avec une petite troupe. Ses hommes voyant l’armée qui s’avançait contre eux, dirent à Judas :  » Comment pourrons-nous, si peu nombreux, combattre contre une si puissante multitude ; surtout épuisés que nous sommes par le jeûne d’aujourd’hui ?  »

Judas répondit :  » C’est chose facile qu’une multitude soit enfermée dans les mains d’un petit nombre ; pour le Dieu du ciel il n’y a point de différence à sauver par un grand nombre ou par un petit nombre. Car la victoire à la guerre n’est pas dans la multitude des combattants ; c’est du ciel que vient la force. Ils s’avancent contre nous, remplis d’orgueil et d’impiété, pour nous perdre, nous, nos femmes et nos enfants, et pour nous piller. Mais nous, nous combattons pour notre vie et pour notre loi. Dieu les brisera devant nous ; vous donc, ne les craignez pas.  »

Dès qu’il eut fini de parler, il se jeta subitement sur eux : Séron fut battu et vit écraser son armée sous ses yeux. Judas le poursuivit sur la descente de Béthoron jusqu’à la plaine ; huit cents hommes de leurs troupes furent tués, et le reste s’enfuit au pays des Philistins. Alors commença à se répandre la crainte de Judas et de ses frères, et la terreur parmi les nations d’alentour.

Son nom arriva jusqu’au roi, et tous les peuples parlaient des combats de Judas. Quand le roi Antiochus eut appris ces nouvelles, il fut transporté de colère ; il donna des ordres et rassembla toutes les troupes de son royaume, une armée très puissante. Il ouvrit son trésor et donna à ses troupes une année de solde, et il commanda qu’elles fussent prêtes à tout. Alors il s’aperçut que l’argent manquait dans ses caisses ; et les tributs de la province rapportaient peu, à cause des troubles et des maux qu’il avait déchaînés dans le pays, en voulant abolir les lois qui étaient en usage dès les jours anciens.

Il craignit de ne pas avoir, comme il était arrivé plusieurs fois, de quoi fournir aux dépenses et aux libéralités qu’il prodiguait auparavant à profusion et plus largement que tous les rois qui l’avaient précédé. Dans cet embarras extrême, il résolut d’aller en Perse pour lever les tributs de ces provinces et recueillir beaucoup d’argent. Il laissa donc Lysias, personnage considérable et de la famille royale, à la tête des affaires du royaume, depuis le fleuve de l’Euphrate jusqu’aux frontières de l’Egypte, et pour prendre soin de son fils Antiochus jusqu’à son retour.

Il lui confia la moitié de ses troupes et les éléphants, et lui donna des ordres pour l’exécution de tous ses desseins, et spécialement au sujet de tous les habitants de la Judée et de Jérusalem. Lysias devait envoyer contre eux une armée pour briser et anéantir la puissance d’Israël et le reste de Jérusalem, et effacer de ce lieu leur souvenir, et pour établir dans tout leur pays des fils d’étrangers, auxquels il distribuerait leurs terres par la voie du sort. Puis, ayant pris avec lui l’autre moitié de ses troupes, le roi partit d’Antioche, sa capitale, en l’an cent quarante-sept, passa le fleuve de l’Euphrate et traversa le haut pays.

Lysias choisit Ptolémée, fils de Dorymène, Nicanor et Gorgias, habiles capitaines et amis du roi ; et il envoya avec eux quarante mille hommes de pied et sept mille cavaliers, pour envahir le pays de Juda et le ruiner selon l’ordre du roi. Ils se mirent en marche avec toutes leurs troupes et, étant entrés en Judée, ils campèrent près d’Emmaüs, dans la plaine. Quand les marchands du pays apprirent leur arrivée, ils prirent avec eux beaucoup d’argent et d’or, ainsi que des entraves, et vinrent au camp des Syriens pour acheter comme esclaves les enfants d’Israël. A cette armée se joignirent les troupes de Syrie et celles du pays des Philistins.

Judas et ses frères, voyant que la situation avait empiré et que les armées ennemies campaient à leurs frontières, ayant eu aussi connaissance de l’ordre qu’avait donné le roi de détruire et d’exterminer leur peuple, se dirent les uns aux autres :  » Relevons les ruines de notre peuple, et combattons pour notre peuple et notre sanctuaire !  »

L’assemblée se réunit donc pour être prête au combat, et pour prier et implorer pitié et miséricorde. Or Jérusalem était sans habitants, comme un désert ; aucun de ses enfants n’y entrait ou n’en sortait, le sanctuaire était foulé aux pieds et les fils de l’étranger occupaient la forteresse ; elle était la demeure des nations. La joie avait disparu de Jacob, la flûte et la harpe étaient muettes. S’étant donc rassemblés, ils vinrent à Maspha, vis-à-vis de Jérusalem, parce qu’il y avait autrefois à Maspha un lieu de prière pour Israël.

Ils jeûnèrent ce jour-là, se couvrirent de sacs, jetèrent de la cendre sur leur tête et déchirèrent leurs vêtements. Ils étendirent le livre de la loi, que les nations recherchaient pour y peindre les images de leurs idoles. Ils apportèrent les vêtements sacerdotaux, les prémices et les dîmes, et firent venir des Nazaréens qui avaient accompli le temps de leur vœu ; et ils crièrent à haute voix vers le ciel, disant :  » Que ferons-nous pour ces hommes, et où les conduirons-nous ? Votre sanctuaire a été foulé aux pieds et profané ; et vos prêtres sont dans le deuil et l’humiliation. Et voici que les nations se sont assemblées contre nous pour nous anéantir ! Vous connaissez leurs desseins contre nous. Comment pourrons-nous tenir devant elles, si vous ne nous assistez pas ?  »

Et ils sonnèrent de la trompette et poussèrent de grands cris. Ensuite Judas établit des chefs du peuple : chefs de mille hommes, de cent, de cinquante et de dix. Et il dit à ceux qui venaient de bâtir une maison, de prendre femme, de planter une vigne, et à ceux qui avaient peur, de s’en retourner chacun dans sa demeure, selon la loi. Puis l’armée se mit en marche et alla camper au sud d’Emmaüs.

 Judas leur dit :  » Ceignez-vous et soyez des braves, et tenez-vous prêts pour demain matin à combattre contre ces nations assemblées pour nous perdre, nous et notre sanctuaire. Car mieux vaut pour nous mourir les armes à la main que de voir les maux de notre peuple et notre sanctuaire profané. Quelle que soit la volonté du ciel, qu’elle s’accomplisse !  »

Chapitre 4

Gorgias prit avec lui cinq mille hommes et mille cavaliers d’élite, et ils se mirent en marche pendant la nuit, pour s’approcher du camp des Juifs et les frapper à l’improviste ; les hommes de la forteresse de Sion leur servaient de guides. Judas, l’ayant appris, se leva, lui et les vaillants, pour frapper l’armée du roi qui était à Emmaüs, pendant que les troupes étaient encore dispersées hors du camp. Gorgias arriva pendant la nuit au camp de Judas, mais il ne trouva personne ; alors il se mit à leur recherche dans les montagnes, car il disait :  » Ils fuient devant nous !  »

Dès que vint le jour, Judas apparut dans la plaine, avec trois mille hommes ; seulement ils n’avaient, ni pour se couvrir ni pour frapper, les armes qu’ils auraient désirées. A la vue du camp fortifié des nations, des soldats couverts de cuirasses et des cavaliers qui faisaient patrouille autour d’eux, tous exercés au combat, Judas dit aux hommes qui étaient avec lui :  » Ne craignez pas leur multitude, et ne redoutez pas leur attaque. Rappelez-vous comment nos pères ont été sauvés dans la mer Rouge, lorsque Pharaon les poursuivait avec une puissante armée. Crions maintenant vers le ciel, dans l’espoir qu’il daignera avoir pitié de nous, se souvenir de son alliance avec nos pères, et détruire aujourd’hui cette armée devant nos yeux. Et toutes les nations sauront qu’il y a quelqu’un qui délivre et sauve Israël.  »

Alors les étrangers levèrent les yeux et les aperçurent marchant contre eux ; et ils sortirent du camp pour livrer bataille ; en même temps ceux qui étaient avec Judas sonnèrent de la trompette. On en vint aux mains, et les nations furent abattues et s’enfuirent dans la plaine. Les derniers rangs tombèrent tous par l’épée, et les Juifs les poursuivirent jusqu’à Gazara, et jusque dans les plaines de Judée, d’Azot et de Jamnia, et ils leur tuèrent près de trois mille hommes. Alors Judas, avec son armée, revint sur ses pas et cessa de les poursuivre, disant au peuple :  » Ne soyez pas avides de butin, car un combat nous attend. Gorgias et ses troupes sont près de nous dans la montagne ; mais tenez ferme en ce moment contre nos ennemis, battez-les, et vous pourrez ensuite prendre sans crainte leurs dépouilles.  »

Judas parlait encore, lorsqu’une division de Gorgias se montra sortant de la montagne. Ils virent que les leurs étaient en fuite et que les Juifs avaient mis le feu au camp ; car la fumée qu’on apercevait manifestait ce qui s’était passé. A cette vue, ils eurent une grande peur ; et comme ils apercevaient en même temps l’armée de Judas rangée dans la plaine, prête à livrer bataille, ils s’enfuirent tous dans le pays des Philistins. Judas revint pour piller le camp ; ils emportèrent beaucoup d’or et d’argent, ainsi que des étoffes de pourpre violette et de pourpre écarlate, et de grandes richesses.

A leur retour, ils chantaient des cantiques, faisant monter vers le ciel des louanges au Seigneur :  » Car il est bon, car sa miséricorde subsiste à jamais.  » Une grande délivrance fut donnée à Israël en ce jour-là. Ceux des étrangers qui avaient échappé vinrent annoncer à Lysias tout ce qui était arrivé. En apprenant cette nouvelle, il fut attristé et abattu, parce que ses desseins contre Israël avaient échoué et que les ordres du roi n’étaient pas exécutés. L’année suivante, Lysias rassembla une armée de soixante mille fantassins d’élite et de cinq mille cavaliers, afin de venir à bout des Juifs. Ils s’avancèrent vers la Judée et établirent leur camp près de Béthoron. Judas marcha contre eux à la tête de dix mille hommes.

A la vue de cette armée redoutable, il pria en disant :  » Vous êtes béni, ô libérateur d’Israël, qui avez brisé la force du géant par la main de votre serviteur David, et livré le camp des Philistins entre les mains de Jonathas, fils de Saül, et de son écuyer. Enfermez cette armée dans les mains de votre peuple d’Israël, et qu’ils soient confondus avec leurs fantassins et leurs cavaliers. Inspirez-leur la terreur, abattez leur audace présomptueuse, et qu’ils soient ébranlés par leur défaite. Faites-les tomber par l’épée de ceux qui vous aiment, et que tous ceux qui connaissent votre nom vous adressent des hymnes de louange.  »

Ils engagèrent le combat, et cinq mille hommes de l’armée de Lysias tombèrent devant les Juifs. Voyant la déroute de son armée et l’intrépidité des soldats de Judas, qui se montraient disposés à vivre ou à mourir honorablement, Lysias retourna à Antioche et recruta des étrangers ; il se promettait, après avoir augmenté son armée, de revenir en Judée. Alors Judas et ses frères dirent :  » Voilà nos ennemis défaits ; montons maintenant purifier le temple et le reconsacrer.  »

Toute l’armée se rassembla, et ils montèrent au mont Sion. En voyant le sanctuaire désert, l’autel profané, les portes brûlées, des arbrisseaux croissant dans le parvis comme dans un bois ou sur les montagnes, et les chambres détruites, ils déchirèrent leurs vêtements, se lamentèrent en grand deuil, répandirent de la cendre sur leur tête, se prosternèrent le visage contre terre, et, pendant que les trompettes sonnaient en fanfare, poussèrent des cris vers le ciel.

Alors Judas détacha un corps de troupes pour combattre les Syriens qui étaient dans la citadelle, jusqu’à ce que les lieux saints fussent purifiés. Puis il choisit des prêtres sans défauts, attachés à la loi de Dieu ; et ils purifièrent le sanctuaire et transportèrent dans un lieu immonde les pierres souillées. On délibéra sur ce qu’on devait faire à l’autel des holocaustes qui avait été profané, et l’heureuse pensée leur vint de le détruire, de peur qu’il ne fût pour eux un opprobre après que les Gentils l’avaient souillé. Ils démolirent l’autel, et en déposèrent les pierres sur la montagne du temple, dans un lieu convenable, en attendant la venue d’un prophète qui donnerait une décision à leur sujet.

Et ils prirent des pierres brutes, selon la loi, et construisirent un autel nouveau sur le modèle de l’ancien. Ils rebâtirent le sanctuaire, ainsi que l’intérieur du temple, et ils sanctifièrent les parvis. Ils confectionnèrent de nouveaux ustensiles sacrés, replacèrent dans le temple le chandelier, l’autel des parfums et la table. Ils firent fumer l’encens sur l’autel, allumèrent les lampes du chandelier et elles éclairaient dans le temple. Ils placèrent des pains sur la table et suspendirent les voiles.

Après avoir achevé tous les ouvrages qu’ils avaient faits, ils se levèrent de grand matin, le vingt-cinquième jour du neuvième mois — c’est le mois nommé Casleu — de l’an cent quarante-huit, et ils offrirent un sacrifice, selon la loi, sur le nouvel autel des holocaustes qu’ils avaient construit. Dans le même mois et le même jour qu’il avait été profané par les nations, l’autel fut consacré de nouveau, au chant des psaumes, au son des harpes, des lyres et des cymbales.

Tout le peuple tomba sur sa face et adora et, levant les yeux vers le ciel, il bénissait Celui qui lui avait donné prospérité. Ils célébrèrent la dédicace de l’autel pendant huit jours, et ils offrirent des holocaustes avec joie, et des sacrifices d’actions de grâces et de louanges. Ils ornèrent la façade du temple de couronnes et d’écussons, et réparèrent les entrées du temple et les chambres, et leur mirent des portes.

Il y eut parmi le peuple une très grande joie, et l’opprobre infligé par les nations fut ôté. Judas, d’accord avec ses frères et toute l’assemblée d’Israël, établit que les jours de la dédicace de l’autel seraient célébrés en leur temps chaque année pendant huit jours, à partir du vingt-cinq Casleu, avec joie et allégresse. En ce même temps, ils construisirent sur le mont Sion une enceinte de hautes murailles et de fortes tours, afin que les nations ne vinssent plus, comme elles l’avaient fait auparavant, fouler aux pieds les saints lieux. Et Judas y mit un détachement pour en avoir la garde, et pour sa défense. On fortifia Bethsur, afin que le peuple eût une forteresse en face de l’Idumée.

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