Dieu et les Français

PedroEremita3« Tels sont nos Français, dit Dieu. Ils ne sont pas sans défauts. Il s’en faut. Ils ont même beaucoup de défauts. Ils ont plus de défauts que les autres.
Mais avec tous leurs défauts Je les aime encore mieux que tous les autres avec censément moins de défauts. Je les aime comme ils sont. Il n’y a que Moi dit Dieu, Qui suis sans défaut.
Nos Français sont comme tout le monde, dit Dieu. Peu de Saints, beaucoup de pécheurs. Un saint, trois pécheurs. Et trente pécheurs. Et trois cent pécheurs. Et plus. Mais j’aime mieux un saint qui a des défauts qu’un neutre qui n’en a pas. Or, ces Français, comme ils sont, ce sont Mes meilleurs serviteurs…
Peuple, les peuples de la terre te disent léger. Parce que tu es un peuple prompt.
Les peuples pharisiens te disent léger. Parce que tu es un peuple vite.
Tu es arrivé avant que les autres soient partis. Mais Moi, Je t’ai pesé, et je ne t’ai point trouvé léger. O peuple inventeur de la cathédrale, Je ne t’ai point trouvé léger en foi.
O peuple inventeur de la croisade, Je ne t’ai point trouvé léger en charité.
Quant à l’espérance il vaut mieux ne pas en parler. Il n’y en a que pour eux.
C’est embêtant, dit Dieu, quand il n’y aura plus ces Français,
Il y a des choses que Je fais, il n’y aura plus personne pour les comprendre »
Charles Péguy « La France » Poésie, 1912, éditions de 1932 (Ed. Gallimard.)
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