Saint Jean de Capistran, le « fléau des Hébreux »

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En Italie Jean de Capistrano [(1386-1456), franciscain italien], « le Fléau des Hébreux », soulevait les pauvres contre l’usure des Juifs et leur endurcissement ; il poursuivait son œuvre en Allemagne et en Pologne, menant à sa suite des bandes de hères misérables et désespérés qui faisaient expier leurs souffrances aux communautés juives.
Bernard Lazare – L’antisémitisme, son histoire et ses causes (1894)

Avec une impitoyable véhémence, [Saint Jean de Capistran] flagellait, sans relâche, les scandales et les vices du temps.
Hommes et femmes, nobles et bourgeois, marchands et artisans, toutes les classes de la société subissaient tour à tour ses attaques vengeresses.
Les débauches des grands, le luxe effréné des maisons et des vêtements, les jeux de hasard, cause de tant de ruines, la rapacité des Juifs et des usuriers, « ces vendeurs de larmes » (Bernardin de Feltre), ne pouvaient trouver grâce devant lui.
Jamais sa parole ne tombait stérile. On voyait les mondains renoncer à leurs plaisirs et s’armer d’instruments de pénitence. Les voleurs restituaient le fruit de leurs rapines ; les femmes de mauvaise vie demandaient publiquement pardon de leurs désordres.
Dans toutes les villes où il prêchait, il faisait apporter sur la place publique « les tableaux licencieux, les cartes, les dés, les faux cheveux, les parures de vanité », tout ce qui, en un mot, pouvait être un instrument de péché.
En 1452, il réussit à franchir la frontière et à pénétrer en Bohême ; mais les portes de Prague lui demeurèrent obstinément fermées. Il n’en convertit pas moins 16 000 Hussites et porta à leur secte des coups dont elle ne se releva jamais (Jean de Tagliacozzo : Lettre à saint Jacques de la Marche).
Il affermit ensuite la foi en Silésie et en Pologne ; en 1454, il envoya plusieurs de ses religieux en diverses provinces : de toutes parts, les princes et les prélats réclamaient les secours de son zèle et de son autorité.
A côté de ces hérétiques qui devançaient et préparaient Luther, Capistran rencontra d’autres hommes qui marchaient, eux aussi, sourdement à l’assaut de la société chrétienne et auxquels il déclara la guerre au nom de la civilisation et de la justice : les Juifs.
De nos jours où la « question juive » passionne si puissamment les esprits et suscite de si ardentes polémiques, le rôle de notre Inquisiteur Franciscain, sous ce rapport, est particulièrement intéressant à étudier.
Le Juif du XVe siècle, c’était déjà, c’était toujours, l’exploiteur audacieux du peuple, le financier rusé et perfide, l’usurier insatiable et sans entrailles.
« Au moyen âge, celui qui sait où est l’or, le véritable alchimiste, le vrai sorcier, c’est le Juif. Le Juif, l’homme immonde, l’homme d’outrages sur lequel tout le monde crache, c’est à lui qu’il faut s’adresser… Mais pour que le pauvre travailleur s’adresse au Juif, pour qu’il approche de cette sombre petite maison si mal famée, pour qu’il parle à cet homme qui, dit-on, crucifie les petits enfants, il ne faut pas moins que l’horrible pression de la misère et de la faim.
« Quand donc il avait épuisé sa dernière ressource, quand son lit était vendu, quand sa femme et ses enfants, couchés à terre, tremblaient de fièvre en criant : du pain ! tête basse et plus courbé que s’il eût porté sa charge de bois, il se dirigeait lentement vers l’odieuse maison du Juif et restait longtemps à la porte avant de frapper… Le Juif ayant ouvert avec précaution la petite grille, un dialogue s’engageait, étrange et difficile. Que disait le Chrétien ?… « Au nom de Dieu ! » — « Le Juif l’a crucifié, ton Dieu. » — « Par pitié ! » — « Ce ne sont pas des mots qu’il faut. Il faut un gage. »— « Que peut donner celui qui n’a rien ? » — Le Juif lui dira doucement : « Mon ami, conformément aux ordonnances du Roi, notre Sire, je ne prête ni sur habit sanglant, ni sur fer de charrue… Non, pour gage, je ne veux que vous- même. . Je ne suis pas des vôtres. Mon droit n’est pas le droit chrétien ; c’est un droit plus antique (In fartes secando) : votre chair répondra… Sang pour or. »
Voilà l’usurier juif, tel que l’a peint Jules Michelet dans une page incomparable qui a la vigueur et l’accent de vie étrange d’une eau-forte de Rembrandt.
Les disciples de François d’Assise, ce sublime mendiant qui aima tant les pauvres qu’il voulut être encore plus pauvre qu’eux, les Jean de Capistran, les Bernardin de Sienne, les Barnabé de Pérouse, les Bernardin de Feltre furent, constamment et d’instinct, les adversaires irréconciliables de ceux qu’on pouvait appeler déjà « les rois de la finance. »
Ils se sentirent au cœur une haine généreuse pour cette puissance capitaliste qui, concentrée dans un petit nombre de mains, cherchait à absorber peu à peu la vie économique des peuples et à asservir le travail.
Ils comprirent qu’un jour, grâce aux Juifs, l’argent, auquel le monde chrétien n’avait attaché jusque-là qu’une importance secondaire, deviendrait maître et souverain, aux dépens de la liberté et de la fraternité évangéliques.
Avec cette sûreté d’intuition que donne l’amour des faibles et des petits, ils eurent la compréhension très nette de problèmes financiers et sociaux que nos habiles du XIXè siècle effleurent et entrevoient à peine. Car, « c’est une des prétentions sottes de notre temps que de croire qu’il a inventé l’économie politique. Ceux qui s’occupaient alors de ces questions n’étaient point sans doute, comme aujourd’hui, des membres de l’Institut, des Malthusiens hypocrites et lubriques, des orateurs de réunions publiques, irrités du spectacle de la misère et préoccupés de s’attirer les applaudissements de la foule, en flattant ses passions. » (Ed. Drumont : La France Juive.)
C’étaient les Saints eux-mêmes et les Moines qui cherchaient à mettre l’harmonie sur la terre ; des rois, comme le Franciscain saint Louis, discutant au palais, avec Etienne Boyleau, l’organisation du travail ; des Frères-Mineurs, comme Jean de Capistran, s’efforçant de définir le caractère du crédit mutuel et d’en établir les bases.
Ce crédit, Capistran le voulait chrétien et non judaïque ; il entendait qu’il fût une aide donnée par un frère à son frère et non une exploitation, un moyen d’opprimer cruellement ceux qui n’ont rien, ou de dépouiller ceux qui ont peu et qui veulent avoir davantage sans se donner la peine de le gagner.
Aussi, avec quelle véhémence, il s’élevait contre ces « banquiers » juifs, paresseux et avides à la fois, qui se repaissaient de gains odieux acquis sans peine et sans labeur ; avec quelle infatigable activité, il travaillait à ruiner leur influence et à démasquer leurs manœuvres ; avec quelles instances réitérées, il réclamait des princes l’exécution rigoureuse des ordonnances et des lois promulguées contre leurs exactions ; avec quelle persistante énergie, il poursuivait la révocation des privilèges que la faiblesse ou la crainte des grands leur avait parfois concédés !…
Nous en avons une preuve entre mille, dans un document original, conservé aux archives de Naples. Massoni l’a publié et l’Eco di S. Francesco en a récemment reproduit le texte exact. C’est un décret de la reine de Naples, Jeanne II, daté d’Aversa, le 3 mai 1427, qui concède à saint Jean de Capistran, les plus amples pouvoirs pour procéder contre les Juifs et réprimer leurs usures :
« Jeanne II, reine de Naples…, au religieux et vénérable Frère Jean de Capistran, de l’Ordre des Frères-Mineurs de l’Observance…, salut et bienveillance.
Il est récemment parvenu à notre connaissance que les Juifs de notre royaume…, persistant dans leur dureté de cœur et dans leur méchanceté, ne cessent de se livrer à l’usure et de commettre divers autres excès qui, pourtant, leur sont défendus par les lois et les ordonnances canoniques et ecclésiastiques, impériales, royales et civiles.
Nous avons également appris qu’ils s’abstiennent maintenant de porter le signe du Tau et les autres insignes distinctifs dont ils doivent être revêtus… C’est pourquoi, voulant veiller efficacement à l’exécution de la justice, et nous confiant, sans réserves, dans votre dévouement et votre charité, par la teneur des présentes, et de notre science certaine, nous vous accordons pleine faculté et entière puissance d’imposer des prescriptions et des défenses, de donner des ordres de notre part, soit de vive voix, soit par écrit, soit par vos délégués, à tous les Juifs sans exception de notre royaume, ainsi qu’à ceux qui y viendront à l’avenir, et cela sous les peines même les plus sévères et les plus redoutables qu’il plaira à voire prudence de fixer.
S’ils contreviennent à vos ordres, nous décrétons qu’ils encourront, par le fait même, les peines portées contre eux, peines qui devront leur être infligées, sans miséricorde et sans rémission, par tous nos officiers et lieutenants présents et futurs.
En outre, par la teneur des présentes, nous ordonnons aux dits Juifs, sous peine de la confiscation de leurs biens meubles et immeubles, confiscation qu’ils encourront par le fait même de leur désobéissance, et qui devra leur être infligée sans pitié, nous leur ordonnons, disons-nous, de vous présenter et de vous remettre, à vous ou à vos délégués, et ce à la première réquisition de votre part, toutes les lettres de faveur, tous les privilèges originaux qui leur ont été octroyés, ou qu’on dit leur avoir été octroyés par nos prédécesseurs d’illustre mémoire ou par notre Majesté.
Ces lettres et ces privilèges devront être déchirés par vous, ou livrés aux flammes, nonobstant toute coutume, tout prétexte, toute exception et toute excuse Enfin, nous ordonnons au maître justicier de notre royaume de Sicile ou à son lieutenant, aux vice-justiciers, aux capitaines et aux autres officiers majeurs ou mineurs, quels que soient leurs titres, leurs offices et leur juridiction, aux princes, aux ducs, aux marquis, aux comtes, aux barons, et aux Universités de nos Etats… d’observer fidèlement et inviolablement notre présent décret et d’exécuter en conséquence, et de faire exécuter ponctuellement, et à la lettre, les ordres que vous donnerez, les règlements que vous pourrez établir, soit de vive voix, soit par vos délégués
Donné à Aversa, le troisième jour de mai, de l’an du Seigneur 1427 »
Ces prescriptions paraîtront bien dures et bien oppressives peut-être à certains de nos libéraux. Il ne faut pas l’oublier, pourtant, l’Europe traversait une crise analogue à celle que nous traversons en ce moment, où la haute banque, la Franc-maçonnerie, la révolution cosmopolite, toutes les trois aux mains des Juifs, concourent, par des moyens différents, à un but commun et unique : la destruction du christianisme.
Les nations catholiques d’alors se défendaient énergiquement et légitimement contre l’invasion progressive d’une race essentiellement hostile à leurs intérêts, à leurs aspirations, à leurs traditions, à leurs croyances.
Le Juif, pour Capistran et ses contemporains, ce n’était pas seulement l’usurier, c’était le descendant maudit des déicides, renouvelant et perpétuant, par ses profanations sacrilèges, le drame du Golgotha ; c’était le complice des infidèles, l’ennemi secret de toutes les patries, où il n’était qu’un étranger ; c’était le fanatique héritier de superstitions monstrueuses, toujours altéré du sang chrétien et se plaisant à le verser dans de ténébreux sacrifices.
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