Quand de Gaulle proposait une fusion des Etats britanniques et français

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À la suite de l’effondrement des armées franco-britanniques pendant la campagne de France en mai et juin 1940, Jean Monnet lança l’idée d’une union franco-anglaise qui fut suivie par Winston Churchill.

« Je viens de voir Churchill. Il y a quelque chose d’énorme en préparation au point de vue entité entre les deux pays. Churchill propose la constitution d’un gouvernement unique franco-britannique et vous, Monsieur le Président, pouvez être Président du cabinet de Guerre franco-britannique. » (Charles de Gaulle, juin 1940)

In extremis, le 16 juin [1940], alors que tout craquait dans le pays, le cabinet de Londres lança, comme on jette un lasso au cou d’une bête, une ultime proposition destinée à nous retenir sur une pente inéluctable : il s’agissait de fondre en un seul Etat la France et la Grande-Bretagne, Etat qui eut évidemment continué la guerre malgré l’invasion de sa partie française.
Curieusement cette proposition était téléphonée de Londres par le plus vif opposant de ces dernières années à l’admission des Britanniques dans le giron européen : le général de Gaulle, nommé depuis quelques jours sous-secrétaire d’Etat de Paul Reynaud. Au Conseil des ministres ce fut un tollé général : « La France n’est pas un dominion… ».
A bout de nerfs et d’arguments, Paul Reynaud lui-même conseilla au Président de la République de charger le Maréchal Pétain de former un gouvernement qui s’enquerrait des conditions d’un armistice, quitte, pensait-il, à revenir lui-même au pouvoir si ces conditions, comme il l’espérait, s’avéraient inacceptables.
Amiral Auphan – Histoire élémentaire de Vichy (1971)

La note Anglo-French Unity que le général de Gaulle transmet à Paul Reynaud est ainsi formulée :
« À l’heure de péril où se décide la destinée du monde moderne, les gouvernements de la République Française et du Royaume-Uni font cette déclaration d’Union indissoluble et proclament leur inébranlable résolution de continuer à défendre la Justice et la Liberté contre l’asservissement à un régime qui abaisse l’homme à vivre une vie d’automate et d’esclave.
Les deux gouvernements déclarent que la France et la Grande-Bretagne ne sont plus désormais deux nations, mais une Union franco-britannique.
La Constitution de l’Union instituera des organes communs, pour la défense et la direction de la politique extérieure.
Chaque citoyen français jouira immédiatement de la nationalité britannique, chaque sujet anglais deviendra citoyen français.
Les deux pays porteront ensemble la charge de réparer les dévastations de la guerre en quelque point de leur territoire qu’elle aient eu lieu, et leurs ressources communes serviront également à cette réparation.
Pendant la guerre, il n’y aura qu’un seul cabinet de guerre et toutes les forces de l’Angleterre et de la France, sur terre, sur mer et dans les airs, seront placées sous sa direction. Le cabinet gouvernera d’où il pourra. Les deux Parlements seront formellement associés.
Les nations de l’Empire Britannique forment déjà de nouvelles armées et la France maintiendra ses forces sur terre, sur mer et dans l’air.
L’Union fait appel aux États-Unis pour qu’ils renforcent les ressources économiques des Alliés et pour qu’ils apportent leur puissante aide matérielle à la cause commune.
L’Union concentrera toutes ses énergies contre la puissance de l’ennemi en quelque lieu que la bataille se poursuive. Et ainsi nous vaincrons. »
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