Quand les libéraux-catholiques Lamennais et Maritain théorisaient l’idéologie du vivre ensemble, le terrorisme et la répression d’Etat


Extraits cités dans « Correspondance entre l’Abbé Julio Meinvielle et le R.P. Garrigou-Lagrange » – 1947 – Ed. Saint-Rémi

Lamennais_Felicite_26_maxFélicité de Lamennais – Revue L’Avenir – 30 octobre 1830 :
Figurez-vous une maison habitée, à ses différents étages, par un juif, un musulman, un protestant, un catholique ; certes leurs croyances et les devoirs qui en  résultent sont trop opposés, pour qu’il y ait entre eux société réelle. Mais qu’ils craignent que des forcenés ne viennent incendier cette maison dont le toit les couvre tous, ou, à chaque triomphe d’un parti divers les égorger successivement, ou les persécuter, comme juif, comme catholique, le danger commun les unira, et, s’ils ne sont eux-mêmes aveuglés par un fanatisme féroce, ils n’hésiteront pas à s’associer pour leur défense mutuelle, association qui créera entre eux des rapports de bienveillance, lesquels rendront et plus faciles, et plus calmes, et plus efficaces, les discussions purement doctrinales sur les points qui les divisent. En tout cas ils auront vécu, et vécu en paix.

jacques-maritain-olderJacques Maritain – El Pueblo – 13 mai 1945 :
Il arrive ainsi que des hommes qui possèdent des points de vue religieux ou métaphysiques très différents et même opposés – matérialistes, idéalistes, agnostiques, chrétiens et juifs, musulmans et bouddhistes – peuvent être d’accord, non pas en vertu d’une identité de doctrine, mais par la similitude analogique des principes pratiques, portant sur les mêmes conclusions pratiques, et peuvent compartir la même philosophie démocratique pratique, s’ils ressentent une semblable révérence, pour la vérité et l’intelligence, la dignité humaine, la liberté, l’amour fraternel et la valeur absolue du bien absolu.
[Qui seraient exclus de cette société d’hommes libres ? Maritain répond :]
Si nous voulons considérer la question au fond, et nous ne craignons pas aux mots, nous devrions signaler ici que, où il y a de la foi (foi humaine ou divine), il y a aussi des hérétiques qui menacent l’unité de la communauté, soit-elle religieuse ou civile.
Dans la société sacrée, l’hérétique brisait l’unité chrétienne-religieuse.
Dans une société laïque d’hommes libres, l’hérétique est celui qui corrompt les croyances et les pratiques démocratiques communes, et le totalitaire est celui qui nie la liberté – la liberté de son prochain – et la dignité de la personne humaine, et le pouvoir moral de la loi.
Mais la communauté démocratique devrait se défendre de lui, soit-il matérialiste, idéaliste, agnostique, chrétien ou juif, musulman ou bouddhiste, le maintenant éloigné de la direction, au moyen du pouvoir d’une opinion publique forte et bien informée, et même elle devrait le conduire à la justice quand son activité puisse mettre en danger la sécurité de l’Etat.
Mais avant tout et surtout, la démocratie devrait se défendre, fortifiant partout une philosophie de la vie, les convictions intellectuelles et le travail constructif ; tout cela ferait impossible l’influence de tels hérétiques.
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